- À l’approche des arbitrages sur le budget 2027, Patrick Martin met en garde contre une nouvelle contribution imposée aux entreprises françaises, notamment à travers la reconduction de la surtaxe sur les bénéfices des grands groupes.
- Le président du Medef estime qu’un alourdissement de la fiscalité pénaliserait l’investissement, les embauches et les augmentations salariales.
Le patronat hausse le ton avant l’ouverture des débats budgétaires. Invité mercredi matin sur France Inter, le président du Mouvement des entreprises de France (Medef), Patrick Martin, a appelé le gouvernement à ne pas accroître une nouvelle fois la pression fiscale sur les entreprises.
« Depuis la dissolution [de l’Assemblée nationale], on a des politiques publiques, et en particulier économiques, fiscales et sociales, qui sont très dissuasives pour les entreprises », a-t-il déploré au micro de France Inter. À ses yeux, le secteur privé supporte déjà une part importante des efforts engagés pour redresser les finances publiques.
Le Medef redoute un frein à l’emploi et à l’investissement
Patrick Martin s’est élevé contre la tentation de solliciter une nouvelle fois les entreprises pour financer les ajustements budgétaires. « C’est tellement facile, pour les politiques de tout bord, de faire supporter la charge aux entreprises », a-t-il déclaré, estimant que « l’effort partagé pèse déjà beaucoup » sur elles.
Le dirigeant patronal a également contesté l’idée selon laquelle une hausse de la fiscalité toucherait uniquement les actionnaires. Il a rappelé que les entreprises adhérentes au Medef représentent quelque 12 millions de salariés.
Selon lui, une réduction des marges de manœuvre financières produit des conséquences directes sur l’activité : « Qu’est-ce qui se passe ? On n’embauche plus, parfois on doit licencier, on ne peut pas augmenter les salaires comme on voudrait, on n’investit pas. »
Le président du Medef appelle ainsi l’État à concentrer davantage ses efforts sur la maîtrise des dépenses publiques. « On ne sait pas faire les efforts » de réduction des dépenses « auxquels on ne pourra pas échapper », a-t-il regretté au micro de France Inter.
La surtaxe sur les grandes entreprises au cœur des critiques
La possible reconduction, dans le budget 2027, de la contribution exceptionnelle sur les bénéfices des grandes entreprises cristallise les inquiétudes du patronat. Introduite comme une mesure temporaire, cette surtaxe pourrait être prolongée pour une troisième année.
Patrick Martin y voit un risque à la fois économique et institutionnel. « À un moment donné, c’est assez mécanique, l’économie : vous avez moins d’argent, vous investissez moins, vous embauchez moins », a-t-il affirmé.
Au-delà de son coût, le dirigeant estime que la prolongation répétée d’un impôt présenté initialement comme exceptionnel fragilise la prévisibilité de la politique fiscale. « Quand l’État s’engage à ne prélever un impôt que sur une année, qu’il le reconduit sur une deuxième année, qu’il s’apprête à le reconduire une troisième année, ça crée une défiance à l’égard de l’État », a-t-il souligné.
Pour le président du Medef, ce changement de cap adresse également « un problème en termes de message » au monde économique, alors que les entreprises ont besoin de visibilité pour arrêter leurs décisions d’investissement.
« On atteint notre seuil de douleur »
Patrick Martin a insisté sur le niveau des prélèvements supportés par le secteur productif. « Les entreprises, d’une manière générale, sont déjà les plus taxées au monde. On atteint notre seuil de douleur », a-t-il assuré.
Il a rapproché cette pression fiscale de la dégradation du marché du travail dans le secteur privé. « Ça fait six trimestres que le chômage augmente. Où est-ce qu’il augmente ? Dans le privé », a-t-il relevé, en opposant cette évolution à la dynamique de l’emploi public.
« Est-ce que les emplois dans les fonctions publiques, et singulièrement les collectivités locales, ont diminué en même temps qu’ils diminuaient dans le privé ? Non. Il y a eu des créations d’emplois publics », a-t-il poursuivi.
Le dirigeant patronal estime que le financement du modèle économique et social repose, en dernière instance, sur la création de richesse marchande. « Il faudrait que chacun se mette en tête (…) que tout ça est payé par le privé », a-t-il avancé. Faire porter un effort supplémentaire sur les entreprises reviendrait, selon lui, à « scier la branche sur laquelle on est assis ».
La suspension de la réforme des retraites également contestée
Le président du Medef a par ailleurs relancé le débat sur la suspension de la réforme des retraites portée par Élisabeth Borne. Une sous-indexation ou une désindexation partielle de certaines pensions figure parmi les pistes envisagées pour dégager des économies dans le cadre du budget 2027.
Selon Patrick Martin, le rendement attendu d’une telle mesure représenterait, « à l’euro près », le coût de la suspension de la réforme Borne. Une situation qu’il juge révélatrice des contradictions de la politique budgétaire actuelle.
« D’un côté, on travaille moins et, d’un côté, on dépense plus », a-t-il résumé. Pour le responsable patronal, les difficultés de financement du système de retraite persisteront « si on ne revient pas à cette réforme ».
À l’approche des arbitrages budgétaires, le Medef entend ainsi replacer la réduction des dépenses publiques au centre du débat. Son président prévient qu’une nouvelle hausse de la fiscalité des entreprises risquerait, selon lui, d’affaiblir davantage l’emploi privé, les salaires et l’investissement.
