- Le prix du gaz naturel européen a brièvement dépassé 80 euros le mégawattheure, un niveau inédit depuis la fin de 2022, sur fond de perturbations persistantes dans le détroit d’Ormuz.
- À l’approche de l’hiver, la faiblesse des stocks et la concurrence internationale pour les cargaisons de gaz naturel liquéfié accentuent le risque de nouvelles hausses.
La tension monte de nouveau sur le marché européen du gaz. Le contrat TTF néerlandais, référence pour les échanges de gaz naturel sur le continent, a brièvement franchi le seuil de 80 euros le mégawattheure avant de revenir autour de 79 euros. Un sommet qui n’avait plus été observé depuis la fin de l’année 2022, selon les données de marché rapportées par le Wall Street Journal.
Cette envolée s’explique principalement par les inquiétudes entourant l’approvisionnement mondial en gaz naturel liquéfié (GNL). Les affrontements entre l’Iran et les États-Unis continuent de perturber la navigation et les exportations énergétiques dans le golfe Persique.
Le détroit d’Ormuz constitue un point de passage stratégique pour les cargaisons provenant notamment du Qatar. Environ 20 % du commerce mondial de GNL transite habituellement par cette voie maritime. Toute réduction du trafic se traduit donc par une diminution des volumes disponibles et par une pression immédiate sur les cours.
Des stocks européens nettement inférieurs à leur niveau habituel
Cette nouvelle flambée intervient alors que l’Europe aborde la période hivernale avec des réserves particulièrement faibles. Les installations de stockage européennes sont remplies à environ 67 % de leur capacité, contre plus de 75 % à la même période en 2025.
Ce taux est également très inférieur à la moyenne saisonnière des cinq dernières années, proche de 84 %. Le niveau des réserves est ainsi devenu l’une des principales sources d’inquiétude pour les marchés, comme le souligne également une analyse de Reuters consacrée aux stocks européens.
Les perturbations des importations de GNL durant l’été et la hausse des prix ont ralenti la reconstitution des réserves. Plusieurs opérateurs ont différé leurs achats dans l’espoir d’une détente ultérieure des marchés.
L’Europe entre ainsi dans la saison de chauffe avec une marge de sécurité réduite. En cas d’hiver rigoureux ou de prolongation des difficultés d’approvisionnement au Moyen-Orient, les stocks pourraient diminuer rapidement.
Une hausse déjà visible sur les factures françaises
En France, la progression des cours de gros commence à se répercuter sur les consommateurs. Le prix repère de vente du gaz atteint 172,05 euros TTC par mégawattheure en septembre 2026, contre 162,89 euros en août, soit une hausse mensuelle de 5,6 %.
Ces chiffres sont issus du prix repère publié par la Commission de régulation de l’énergie. Ils sont également présentés sur le site officiel Service-Public.fr.
Pour les ménages chauffés au gaz, le prix repère du kilowattheure s’établit autour de 0,135 euro TTC. Depuis janvier, son augmentation dépasse 30 %, avec des écarts variables selon les offres, les profils de consommation et le poids de l’abonnement.
Cette évolution menace directement le pouvoir d’achat des particuliers, mais également les coûts des entreprises les plus dépendantes du gaz, notamment dans la chimie, la métallurgie, le verre, la céramique et l’agroalimentaire.
L’Europe et l’Asie se disputent les cargaisons de GNL
La pression pourrait encore s’accentuer au cours des prochaines semaines. Avant l’arrivée du froid, les acheteurs européens cherchent à compléter leurs stocks, tandis que les pays asiatiques renforcent eux aussi leurs approvisionnements.
Cette concurrence oblige les importateurs à relever leurs offres pour attirer les méthaniers disponibles. Dans l’hypothèse d’une reprise seulement progressive des exportations du Moyen-Orient, certains analystes estiment que le contrat TTF pour décembre pourrait dépasser 100 euros le mégawattheure afin que l’Europe reste compétitive face aux acheteurs asiatiques, selon les projections rapportées par Euronews.
L’AIE propose des réserves stratégiques communes
Face à cette vulnérabilité, l’Agence internationale de l’énergie (AIE) appelle les gouvernements à renforcer leurs mécanismes de sécurité gazière. Dans un rapport publié le 9 septembre 2026, l’organisation invite notamment les États à étudier la constitution de réserves stratégiques communes utilisant les infrastructures existantes.
L’AIE évoque également des dispositifs transfrontaliers de stockage, des réserves régionales de GNL et la mise en commun d’options d’achat mobilisables en situation d’urgence. L’objectif serait de mieux coordonner la réponse des pays importateurs lors d’une rupture majeure d’approvisionnement.
Dans son communiqué présentant ces recommandations, l’agence estime qu’une coopération internationale renforcée permettrait aux États d’utiliser plus efficacement les infrastructures existantes et d’améliorer leur capacité collective de réaction face aux crises.
Contrairement au pétrole, pour lequel les membres de l’AIE disposent d’obligations précises de stockage d’urgence, il n’existe pas encore de mécanisme international équivalent et généralisé pour le gaz. La nouvelle poussée des prix pourrait accélérer la réflexion européenne, alors que la sécurité énergétique du continent est de nouveau mise à l’épreuve.
