Réunis à Saint-Pierre-et-Miquelon, Emmanuel Macron et Mark Carney ont annoncé dimanche un rapprochement dans l'énergie, la pêche et la sécurité. Paris veut sécuriser du gaz naturel liquéfié canadien pour l'Europe, tandis que les deux dirigeants affirment leur souveraineté face aux menaces d'annexion de Donald Trump.
La France et le Canada veulent donner une nouvelle dimension à leur partenariat. En recevant le Premier ministre canadien Mark Carney à Saint-Pierre-et-Miquelon, Emmanuel Macron a annoncé dimanche un « rapprochement profond » dans plusieurs secteurs clés, de la pêche à l’énergie, en passant par la sécurité.
Organisée dans l’archipel français au large de la côte atlantique canadienne, cette rencontre conjugue ambitions économiques et affirmation de souveraineté. Dès son arrivée samedi, le président français avait insisté sur l’enjeu du déplacement : « C’est un moment important ». Les discussions, avait-il expliqué, vont permettre « de renforcer nos liens économiques bilatéraux et notre relation en matière de défense ».
Le gaz naturel liquéfié au cœur du rapprochement
L’approvisionnement énergétique occupe une place centrale dans les échanges. Emmanuel Macron a qualifié le sujet de « sensible », alors que la guerre en Iran perturbe les marchés mondiaux de l’énergie et entretient les inquiétudes sur les prix des carburants.
Les « projets canadiens de gaz naturel liquéfié (…) sont importants pour notre Europe et contribueront à ouvrir de nouvelles perspectives entre nos deux pays », a souligné le chef de l’État. Paris souhaite ainsi inscrire le partenariat avec Ottawa dans un effort européen de sécurisation des approvisionnements.
« Le Canada est un pays qui dispose d’importantes ressources en minéraux critiques et en terres rares. C’est aussi un important producteur de pétrole et de gaz naturel », a rappelé Emmanuel Macron. « Ce que nous voulons, c’est conclure des accords pour sécuriser davantage de gaz naturel liquéfié pouvant être acheminé vers la façade atlantique de l’Europe ».
Ces déclarations fixent une orientation pour les discussions sur le gaz naturel liquéfié (GNL), sans préciser les volumes envisagés ni le calendrier de futurs accords.
Une coopération élargie aux industries stratégiques
Au-delà de l’énergie, les deux dirigeants souhaitent approfondir leurs relations dans la pêche et la sécurité régionale. Le rapprochement comporte également un volet industriel et technologique.
Selon un communiqué des services de Mark Carney, les échanges ont porté sur l’aéronautique, l’énergie et les minéraux critiques, ainsi que sur l’informatique quantique, les satellites et le calcul intensif. Autant de domaines dans lesquels Paris et Ottawa cherchent à renforcer leur partenariat.
Face à Washington, une affirmation commune de souveraineté
La rencontre s’inscrit dans un contexte de tensions avec les États-Unis. Donald Trump menace régulièrement le Canada d’annexion et a récemment publié une carte représentant l’ensemble de la région sous le drapeau américain, Saint-Pierre-et-Miquelon compris.
« Nous croyons ensemble que nos pays sont deux grandes nations indépendantes et qui veulent le rester », a déclaré Emmanuel Macron lors de la conférence de presse conjointe.
Le président français a également mis en avant les principes partagés par les deux pays : « Nous croyons l’un et l’autre dans la démocratie, l’Etat de droit, le respect du droit international, le respect du commerce libre et équitable, la science sur laquelle reposent nos décisions et l’autonomie stratégique que nous défendons. Et c’est ce qui unit très profondément le Canada et la France, le Canada et l’Union Européenne ».
Pour Mark Carney, « le moment est venu de resserrer nos liens entre le Canada et la France, entre le Canada et l’Union européenne ». Cette volonté prolonge son déplacement à Bruxelles et à Strasbourg, où la Commission européenne a proposé d’accorder au Canada le statut de « membre associé ». Une proposition qui accompagne le rapprochement politique entre Ottawa et le bloc européen.
Mark Carney appelle à une coopération internationale sur l’IA
L’intelligence artificielle (IA) a constitué un autre axe des discussions. Mark Carney a appelé la France, le Canada, les États-Unis et la Chine, quatre pays qu’il décrit comme « à l’avant-garde de l’IA », à coordonner leurs efforts pour encadrer cette technologie.
« Nous devons unir les forces pour assurer un encadrement adéquat et veiller à ce que l’IA soit sûre et efficace », a déclaré le Premier ministre canadien.
Cet appel ouvre la perspective d’une coopération à quatre sur la gouvernance de l’intelligence artificielle. Il ne constitue toutefois pas, à ce stade, l’annonce d’un dispositif commun déjà adopté par les pays concernés.
Questions fréquentes
Pourquoi Macron a rencontré Carney à Saint-Pierre-et-Miquelon ?
Pour renforcer les liens économiques et de défense entre la France et le Canada, dans un contexte de tensions avec les États-Unis, Donald Trump menaçant régulièrement le Canada d'annexion.
Quel rôle joue le gaz naturel liquéfié dans l'accord ?
Paris veut conclure des accords pour sécuriser davantage de GNL canadien acheminé vers la façade atlantique de l'Europe, sans que volumes ni calendrier aient été précisés.
Quels secteurs sont concernés par le partenariat France-Canada ?
L'énergie, la pêche, la sécurité régionale, l'aéronautique, les minéraux critiques, l'informatique quantique, les satellites et le calcul intensif figurent parmi les domaines de coopération.
Que propose Carney sur l'intelligence artificielle ?
Il appelle la France, le Canada, les États-Unis et la Chine à coordonner leurs efforts pour encadrer l'IA et garantir qu'elle soit sûre et efficace.
