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Venezuela : Chevron et Eni misent sur une relance pétrolière pilotée par Washington

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  • Le Venezuela a conclu de nouveaux accords avec Chevron, Eni et GE Vernova afin d’augmenter sa production pétrolière et de réhabiliter son réseau électrique.
  • Ces projets industriels accompagnent le rapprochement énergétique engagé entre Caracas et Washington depuis la capture de Nicolás Maduro par les forces américaines.

    Caracas veut remettre son industrie énergétique sur les rails. Sous la supervision du secrétaire américain à l’Énergie, Chris Wright, le gouvernement vénézuélien a signé mercredi plusieurs accords avec le groupe pétrolier américain Chevron, l’italien Eni et l’énergéticien GE Vernova.

Ces engagements doivent contribuer à relancer un secteur affaibli par des années de sous-investissement, de sanctions économiques et de dégradation des infrastructures. Ils interviennent neuf mois après la capture de Nicolás Maduro par l’armée américaine et l’arrivée au pouvoir de la présidente par intérim, Delcy Rodríguez.

Partenaire historique de Petróleos de Venezuela (PDVSA), Chevron prévoit d’investir plus de 7 milliards de dollars au cours des cinq prochaines années. Le groupe américain entend plus que doubler la production de ses trois coentreprises vénézuéliennes pour la porter à environ 600 000 barils par jour. Chevron a officiellement confirmé cette extension de ses activités au Venezuela.

Le dispositif comprend notamment l’attribution à Petroindependencia, coentreprise détenue par Chevron et PDVSA, de nouvelles zones d’exploitation dans la région de Carabobo, au sein de la ceinture pétrolifère de l’Orénoque.

La compagnie américaine compte s’appuyer sur les infrastructures existantes afin de limiter les coûts et d’accélérer la montée en puissance des installations. Les coûts de production pourraient rester inférieurs à 20 dollars par baril, selon les informations publiées par Reuters sur le plan d’investissement de Chevron.

Eni prend les commandes du gisement de Junín 5

De son côté, Eni a obtenu auprès de Caracas le rôle d’opérateur exclusif du gisement de Junín 5, également situé dans la ceinture de l’Orénoque. La compagnie italienne prévoit d’investir environ 1,5 milliard de dollars dans le développement de ce vaste champ de pétrole lourd.

Cette nouvelle étape prolonge l’accord conclu au printemps entre Eni, le ministère vénézuélien du Pétrole et PDVSA pour relancer Junín 5. La compagnie italienne, déjà présente dans plusieurs projets pétroliers et gaziers du pays, avait produit environ 64 000 barils équivalent pétrole par jour au Venezuela en 2025. Les détails de ce premier accord sont présentés dans une dépêche de Reuters consacrée à la relance de Junín 5.

Chris Wright a dit espérer que les nouveaux contrats apporteraient « paix » et « prospérité » au Venezuela, pays qui détient les plus importantes réserves prouvées de pétrole brut de la planète.

Le secrétaire américain à l’Énergie a également rejeté les accusations selon lesquelles Washington chercherait à « voler le pétrole vénézuélien ».

« Les entreprises privées apportent les capitaux pour produire le pétrole, mais les bénéfices, les redevances et les impôts reviennent entièrement au gouvernement du Venezuela et au peuple vénézuélien », a-t-il assuré lors de la cérémonie organisée à Caracas.

GE Vernova mobilisé sur le réseau électrique

La stratégie énergétique du gouvernement vénézuélien ne se limite pas aux hydrocarbures. Caracas a également signé des accords avec GE Vernova, société qui rassemble les anciennes activités énergétiques du conglomérat américain General Electric.

L’entreprise doit participer à la réparation et à la modernisation d’une partie du réseau électrique vénézuélien, régulièrement affecté par des pannes, un manque d’entretien et des capacités de production insuffisantes.

La remise en état du système électrique constitue un préalable à la relance de l’industrie nationale et au développement des nouveaux projets pétroliers. Les accords conclus avec Chevron, Eni et GE Vernova ont été détaillés par Reuters dans son compte rendu de la cérémonie de Caracas.

Ces engagements s’inscrivent dans un programme plus large destiné à attirer jusqu’à 100 milliards de dollars de capitaux privés dans le secteur énergétique vénézuélien.

Washington prend pied dans 17 champs pétroliers

Indépendamment de ces contrats industriels, Caracas et Washington ont conclu un accord portant sur 17 champs pétroliers renfermant plus de 65 milliards de barils de réserves prouvées. Ce volume représente environ un cinquième des réserves pétrolières du Venezuela.

L’entreprise North American Blue Energy Partners (Nabep), présentée comme la deuxième compagnie pétrolière privée du pays, doit obtenir des concessions d’une durée de cent ans pour exploiter ces champs. Les États-Unis prendront parallèlement une participation de 35 % dans la société mère de l’entreprise.

Washington disposera également d’un accès prioritaire à 20 % de la production de Nabep au prix coûtant, ainsi que d’un droit de premier refus sur les volumes restants. Les principales modalités de l’opération sont exposées dans l’analyse de Reuters consacrée aux interrogations soulevées par l’accord.

Le brut lourd extrait au Venezuela pourrait ensuite être acheminé vers des raffineries américaines spécifiquement équipées pour traiter ce pétrole particulièrement visqueux.

Donald Trump a présenté l’opération comme le « plus grand accord pétrolier de l’histoire mondiale ». Le président américain cherche notamment à contenir les prix des carburants, devenus un enjeu politique majeur à l’approche des élections de mi-mandat de novembre.

Les effets sur les cours mondiaux devraient toutefois rester limités à court terme. La réhabilitation des installations vénézuéliennes et l’augmentation de la production nécessiteront plusieurs années ainsi que des investissements considérables. L’annonce initiale de l’accord entre Washington et Caracas a été rapportée par Reuters le 28 août.

Une production attendue au-dessus de deux millions de barils

À son sommet historique, la production pétrolière vénézuélienne dépassait 3 millions de barils par jour. Elle était tombée sous le seuil d’un million de barils quotidiens au début de l’année, avant de progresser d’environ 30 % pour atteindre près de 1,25 million de barils.

La production « sera bien supérieure à deux millions de barils par jour d’ici à la fin de la décennie », a affirmé Chris Wright sur la chaîne américaine CNBC.

La réalisation de cet objectif dépendra néanmoins de la mobilisation effective des capitaux privés, de la réhabilitation des infrastructures et de la stabilité des conditions juridiques proposées aux entreprises étrangères.

Le profil d’Alejandro Betancourt, dirigeant de Nabep, nourrit également les interrogations. Cet homme d’affaires vénézuélien, qui a développé ses activités sous les présidences d’Hugo Chávez puis de Nicolás Maduro, a fait l’objet de procédures judiciaires pour blanchiment d’argent en Espagne et en Suisse.

Chris Wright a assuré que les États-Unis exerceraient une surveillance étroite sur les flux financiers générés par le nouvel accord. Le secrétaire américain à l’Énergie a notamment déclaré que Washington entendait garantir la transparence des opérations, selon Reuters.

La transition politique reste en suspens

Delcy Rodríguez affirme que le Venezuela conservera sa souveraineté sur ses ressources et sur les champs pétroliers concernés. L’accord a par ailleurs reçu le soutien de l’Assemblée nationale et des forces armées vénézuéliennes.

La question politique demeure cependant étroitement liée au rapprochement énergétique. Donald Trump a estimé mercredi que le Venezuela n’était « pas encore prêt » à organiser des élections.

« Il y aura un processus électoral, mais seulement quand le Venezuela sera prêt », a déclaré de son côté Delcy Rodríguez.

Le pouvoir et l’opposition vénézuélienne ont engagé en août un premier cycle de dialogue sous l’impulsion de Washington. Une nouvelle série de pourparlers doit se tenir dans les prochains jours, selon le secrétaire d’État américain Marco Rubio.

Entre relance pétrolière et transition institutionnelle, la stratégie américaine place ainsi l’énergie au cœur du nouvel équilibre politique vénézuélien. Pour Caracas, le défi consistera à attirer les capitaux nécessaires sans alimenter les interrogations sur sa souveraineté économique et politique.

La Rédactionhttps://echosplus.com
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