19.3 C
Paris
mardi, septembre 8, 2026
AccueilActualitéGuerre commerciale : le Canada riposte avec de nouvelles surtaxes contre les...

Guerre commerciale : le Canada riposte avec de nouvelles surtaxes contre les États-Unis

Date:

5 min de lecture
  • Le Canada applique depuis ce mardi 8 septembre des droits de douane de 15 % à 50 % sur près de 20 milliards de dollars de produits américains.
  • Cette réponse aux surtaxes décidées par Washington marque une nouvelle escalade du conflit commercial entre les deux voisins, désormais étendu aux secteurs automobile et aéronautique.

   Des produits laitiers à l’électronique, en passant par l’acier, le mobilier ou la pâte à papier : plus de 700 catégories de marchandises américaines sont désormais frappées par de nouvelles surtaxes à leur entrée au Canada. Les droits de douane, compris entre 15 % et 50 %, portent sur environ 20 milliards de dollars américains d’importations, soit 27,6 milliards de dollars canadiens.

Ce montant correspond, « au dollar près », à la valeur des produits canadiens soumis depuis août à des droits de douane américains de 50 %. Ottawa présente ces mesures comme une riposte « ciblée » et « stratégique », destinée à défendre les entreprises et les travailleurs du pays, selon le communiqué officiel du gouvernement canadien.

Une rupture sans précédent entre Ottawa et Washington

Le différend commercial s’est brutalement aggravé après l’interruption, le 21 août, des négociations entre le gouvernement canadien et la Maison Blanche. Le Premier ministre Mark Carney a refusé les conditions proposées par Washington, estimant qu’elles auraient conduit à un accord « injuste ».

L’ancien gouverneur des banques centrales du Canada et d’Angleterre a accusé l’administration américaine de vouloir transformer son pays en « filiale » des États-Unis et de chercher à « détruire » une partie de son industrie, en particulier automobile.

« Nous n’étions pas prêts à faire de compromis sur notre souveraineté, la protection de la langue française et notre culture », avait déclaré Mark Carney dans une allocution officielle consacrée aux négociations commerciales.

Le désaccord dépasse en effet le seul terrain douanier. Ottawa affirme que le projet d’accord américain remettait en cause plusieurs dispositifs protégeant la langue française, notamment les aides aux médias francophones en ligne et les obligations d’étiquetage bilingue des produits commercialisés au Canada.

La Maison Blanche a contesté cette interprétation, assurant n’avoir jamais fait de ces dispositions une « ligne rouge ». Pour l’heure, aucune reprise des discussions n’est envisagée au niveau ministériel ou entre hauts fonctionnaires, selon Reuters.

Donald Trump menace désormais Bombardier

À la veille de l’entrée en vigueur des contre-mesures canadiennes, Donald Trump a ouvert un nouveau front en menaçant directement Bombardier. « Plus de ventes de Bombardier aux États-Unis », a lancé le président américain sur son réseau Truth Social, réclamant que l’avionneur produise davantage sur le territoire américain.

Le constructeur canadien a rappelé que ses activités génèrent « des dizaines de milliers d’emplois aux États-Unis ». Bombardier est implanté dans une vingtaine d’États et travaille avec environ 2.800 fournisseurs américains. Plusieurs composants majeurs de ses appareils, dont les ailes et les moteurs, sont déjà fabriqués aux États-Unis, rapporte l’Associated Press.

Cette menace accroît les incertitudes entourant le groupe, dont l’action a fortement reculé à la Bourse de Toronto après les déclarations du président américain. Elle confirme également l’élargissement du conflit commercial à des secteurs industriels stratégiques.

Donald Trump a parallèlement prévenu que les droits de douane appliqués aux voitures, aux camions et aux pièces automobiles provenant du Canada pourraient être portés à 50 % à compter du 1er janvier. L’automobile constitue l’un des piliers de l’économie canadienne, notamment en Ontario, où les chaînes de production sont étroitement intégrées à celles des États-Unis.

Une dépendance commerciale difficile à réduire

La stratégie de fermeté de Mark Carney bénéficie pour l’instant d’un soutien important dans l’opinion canadienne. Elle comporte néanmoins des risques économiques élevés : près de 60 % des importations du Canada proviennent des États-Unis et environ 68 %de ses exportations sont destinées au marché américain.

Une grande partie des échanges continue toutefois de bénéficier des exemptions prévues par l’Accord Canada–États-Unis–Mexique, l’ACEUM. Les nouvelles barrières tarifaires alimentent néanmoins les inquiétudes sur l’avenir de cet accord, qui structure depuis plusieurs décennies les chaînes d’approvisionnement nord-américaines.

Pour réduire cette dépendance, Ottawa entend accélérer la diversification de ses débouchés commerciaux. « Ce virage aura un coût. Il y a toujours un coût à agir. Mais il est loin d’égaler celui de l’inaction », a averti Mark Carney dans une vidéo diffusée après l’entrée en vigueur des surtaxes.

Ottawa mobilise 7,5 milliards de dollars canadiens

Le gouvernement canadien a parallèlement annoncé une enveloppe de 7,5 milliards de dollars canadiens, soit environ 4,6 milliards d’euros, afin d’accompagner les entreprises et les salariés touchés par les droits de douane.

Ce dispositif comprend notamment 500 millions de dollars de liquidités supplémentaires pour les entreprises, 3,5 milliards de mesures d’intervention rapide en faveur des travailleurs et des employeurs, ainsi qu’un renforcement de 1,5 milliard de l’Initiative régionale de réponse tarifaire.

Ottawa prévoit également de consacrer 2 milliards de dollars au nouveau « Fonds de diversification pour un Canada fort ». Celui-ci doit soutenir les entreprises affectées par les surtaxes et les aider à conquérir de nouveaux marchés à l’export. Le détail des aides est disponible sur le site du ministère canadien des Finances.

Ces mesures doivent amortir le choc à court terme. Elles ne dissipent toutefois pas le risque d’une spirale de représailles entre Washington et Ottawa, susceptible de fragiliser durablement l’industrie et les échanges en Amérique du Nord.

Les plus populaires