- Le groupe marocain OCP a enregistré un recul de son chiffre d’affaires au premier trimestre 2026, pénalisé par les tensions persistantes sur le marché mondial des engrais, la baisse de certains volumes et la hausse des coûts des intrants.
- Malgré ce contexte moins porteur, le géant phosphatier accélère ses investissements industriels, hydriques et énergétiques, tout en renforçant sa structure financière.
Un chiffre d’affaires en repli dans un marché sous tension. Le géant phosphatier marocain OCP a vu ses revenus reculer au premier trimestre 2026, dans un environnement international marqué par des tensions persistantes sur le marché mondial des engrais et une hausse des coûts des intrants.
Sur les trois premiers mois de l’année, le groupe a réalisé un chiffre d’affaires de 20,1 milliards de dirhams, contre 21,6 milliards de dirhams un an plus tôt. Cette baisse s’explique notamment par la dépréciation du dollar américain, ainsi que par le recul des volumes d’acide phosphorique et d’engrais.
OCP souligne toutefois que cette évolution a été partiellement compensée par la hausse des prix de vente sur ces produits, dans un contexte de marché toujours contraint par des déséquilibres d’offre.
La rentabilité du groupe a également été affectée. La marge brute s’est établie à 11,97 milliards de dirhams, contre 14,9 milliards un an auparavant, soit un taux de marge de 60 %, contre 69 % au premier trimestre 2025.
L’EBITDA ressort pour sa part à 5,66 milliards de dirhams, représentant une marge de 28 %. Ces indicateurs traduisent l’impact combiné de la hausse des coûts, du repli de certains volumes et d’un environnement de marché plus volatil.
Une émission obligataire historique de 1,5 milliard de dollars
Malgré ce contexte moins favorable, OCP a marqué le trimestre par une opération financière d’envergure. Le groupe a levé 1,5milliard de dollars via une émission obligataire hybride internationale, présentée comme une première pour un corporate africain.
Cette opération illustre, selon le groupe, la confiance des marchés dans son modèle intégré et renforce sa capacité à financer ses projets de développement à long terme.
Des investissements soutenus dans l’industrie, l’eau et l’énergie
Les dépenses d’investissement ont atteint 10,14 milliards de dirhams au premier trimestre. Ce niveau élevé traduit l’accélération des projets stratégiques d’OCP, notamment dans les infrastructures industrielles, hydriques et énergétiques.
Le groupe poursuit ainsi sa trajectoire de transformation, avec l’objectif de renforcer sa compétitivité, de sécuriser ses approvisionnements et de réduire progressivement sa dépendance à certains intrants critiques.
Le soufre et l’ammoniac au cœur des tensions
Le trimestre a été marqué par l’absence prolongée des exportations chinoises de phosphates, la baisse des volumes en provenance du Moyen-Orient et des perturbations logistiques liées aux conditions météorologiques.
La demande mondiale est restée contrastée : stable au Brésil, ralentie en Inde et en Europe, contrainte en Afrique, tandis qu’aux États-Unis, le ralentissement du marché domestique a poussé les producteurs à accroître leurs exportations.
Sur le marché des intrants, les prix du soufre et de l’ammoniac ont poursuivi leur hausse. OCP indique avoir sécurisé des stocks de soufre avant la flambée des prix, assurant une couverture jusqu’à fin juillet 2026. Le groupe poursuit également l’optimisation de son mix produits vers le TSP, moins consommateur de soufre.
OCP prépare une réduction de sa dépendance aux intrants
Pour les prochains trimestres, OCP anticipe le maintien des tensions sur l’offre mondiale d’engrais, sous l’effet des restrictions chinoises, des incertitudes géopolitiques au Moyen-Orient et de la disponibilité limitée du soufre.
Afin de limiter son exposition, le groupe développe des projets de récupération de pyrite et de pyrrhotite, dont la mise en service est prévue début 2027. En parallèle, OCP a avancé une partie de son programme de maintenance au deuxième trimestre, afin d’ajuster sa production à l’évolution du marché.
