- Le maire socialiste de Saint-Ouen, Karim Bouamrane, a officialisé sa candidature à l’élection présidentielle de 2027.
- Se présentant comme le représentant d’une gauche réformiste et « ancrée dans le réel », l’élu de Seine-Saint-Denis entend fédérer les électeurs éloignés de La France insoumise et rejette l’idée d’une primaire à gauche.
La campagne présidentielle de 2027 s’enrichit d’un nouveau prétendant. Invité de France Inter mardi 9 juin, le maire PS de Saint-Ouen, Karim Bouamrane, a annoncé sa candidature à l’élection suprême avec l’ambition de rassembler une gauche qu’il juge aujourd’hui dispersée.
« Depuis que je suis en responsabilité, j’ai pris conscience de notre force, j’ai pris conscience que nous étions majoritaires à vouloir une France humaine, forte, qui protège, qui sécurise », a déclaré l’élu socialiste de 53 ans.
À travers cette candidature, Karim Bouamrane entend porter une alternative à la fois au Rassemblement national et à La France insoumise, dans un paysage politique qu’il estime enfermé dans des logiques de confrontation.
« J’y vais pour gagner »
Loin d’une candidature de témoignage, le maire de Saint-Ouen affiche ouvertement ses ambitions présidentielles. « J’y vais pour gagner », a-t-il affirmé, assurant vouloir offrir aux Français une autre voie que celle d’un affrontement annoncé entre Jordan Bardella et Jean-Luc Mélenchon.
« Je ferai tout pour qu’il y ait un bulletin Karim Bouamrane et pour que ce bulletin gagne et qu’on ne soit pas résolu à ce dilemme, à cette fatalité » d’un duel « entre Jordan Bardella et Jean-Luc Mélenchon », a-t-il insisté.
Cette prise de position marque une volonté de s’imposer comme une figure centrale d’une gauche républicaine, sociale et pro-européenne, à distance des stratégies de rupture portées par LFI.
Une critique frontale de Jean-Luc Mélenchon et de Jordan Bardella
Karim Bouamrane a également choisi de renvoyer dos à dos les deux principales figures de l’opposition qu’il considère comme les symboles d’une polarisation excessive du débat public.
« Pour moi, c’est pareil », a-t-il déclaré à propos de Jordan Bardella et Jean-Luc Mélenchon, dénonçant des « offres politiques » qui, selon lui, « nous montent les uns contre les autres ».
Le maire de Saint-Ouen a notamment critiqué les fractures identitaires qui traversent le débat politique français. « Je refuse cette offre politique qui consiste à faire en sorte que lorsqu’on est Français d’origine musulmane, on est antisémite » et « si jamais on est républicain, on est pro-Nétanyahou et islamophobe », a-t-il expliqué.
Une ligne politique qu’il présente comme une réponse aux tensions communautaires et aux divisions qui traversent la société française.
Une stratégie assumée sans primaire à gauche
L’élu socialiste a également fermé la porte à une éventuelle primaire de la gauche, une hypothèse qui divise depuis plusieurs mois les différentes formations progressistes.
« Quand je suis sur le terrain, on ne me parle pas de primaire. On parle de logement, de dignité », a-t-il affirmé, estimant que les préoccupations des Français sont éloignées des débats d’appareil.
Cette position intervient alors que plusieurs responsables politiques considèrent désormais qu’une primaire commune à gauche a peu de chances d’aboutir avant l’échéance présidentielle.
Une relation de plus en plus conflictuelle avec La France insoumise
La candidature de Karim Bouamrane s’inscrit dans un contexte de tensions persistantes avec La France insoumise. Depuis plusieurs années, le maire de Saint-Ouen multiplie les critiques contre la stratégie du mouvement de Jean-Luc Mélenchon.
Au printemps, il avait tenté de prendre la présidence d’une importante intercommunalité de Seine-Saint-Denis face au maire LFI de Saint-Denis, Bally Bagayoko, sans parvenir à ses fins. Il avait également dénoncé les accords électoraux conclus localement entre le Parti socialiste et LFI lors des élections municipales, estimant qu’ils avaient contribué aux revers de la gauche dans plusieurs territoires.
Dans le même temps, Karim Bouamrane avait demandé la démission du premier secrétaire du Parti socialiste, Olivier Faure, sans réussir à rallier une majorité autour de cette position.
Une figure médiatique en quête d’un ancrage national
Réélu à la tête de Saint-Ouen en mars dernier, Karim Bouamrane cherche désormais à élargir sa notoriété au-delà de la Seine-Saint-Denis. Son mouvement « La France humaine et forte », lancé en octobre 2024 en présence de François Hollande, Raphaël Glucksmann et Olivier Faure, constitue la base de son projet présidentiel.
Plus récemment, l’édile a suscité la controverse en s’opposant à l’implantation de l’enseigne de restauration rapide Master Poulet dans sa commune. Une décision qui a alimenté le débat sur l’aménagement urbain et le développement commercial dans les quartiers populaires.
Avec cette entrée officielle dans la course à l’Élysée, Karim Bouamrane entend désormais transformer son image d’élu local en stature nationale et peser dans la recomposition d’une gauche en quête de leadership à moins d’un an du début de la campagne présidentielle.
