- Emmanuel Macron est attendu ce lundi à Stockholm pour sceller l’acquisition par la Suède de quatre frégates de défense et d’intervention conçues par Naval Group.
- Cette commande stratégique illustre le rapprochement militaire et industriel entre Paris et Stockholm, dans un contexte de réarmement européen face à la menace russe.
La coopération militaire entre la France et la Suède franchit une nouvelle étape. Emmanuel Macron doit se rendre ce lundi 31 août à Stockholm, où il sera reçu par le Premier ministre suédois Ulf Kristersson afin de confirmer la future acquisition de quatre frégates françaises.
Les deux dirigeants doivent assister à une cérémonie de signature organisée à bord de l’Amiral Ronarc’h, première frégate de défense et d’intervention (FDI) de la Marine nationale. La rencontre sera consacrée au renforcement de la coopération bilatérale en matière de défense, selon le programme publié par le gouvernement suédois.
Cette visite constitue une « nouvelle étape » dans la relation entre les deux pays et doit contribuer à consolider la « défense européenne comme celle de l’Otan », ont souligné l’Élysée et les services du Premier ministre suédois. Une orientation conforme à l’ambition de « souveraineté européenne » défendue par le président français.
Quatre frégates livrées entre 2030 et 2034
Le gouvernement suédois avait annoncé en mai avoir chargé son agence nationale d’acquisition de matériel militaire d’engager des négociations avec la France. Le projet porte sur quatre bâtiments dérivés du modèle FDI développé par Naval Group.
Ces navires intégreront le programme suédois de frégates de classe Luleå. D’après les autorités de Stockholm, leur livraison doit s’échelonner entre 2030 et 2034.
Cette commande représente un succès industriel majeur pour Naval Group, qui consolide ainsi la présence de la filière navale française sur le marché européen. Elle confirme également l’intérêt croissant des pays du continent pour des équipements conçus et produits en Europe, alors que les dépenses militaires augmentent fortement depuis le déclenchement de la guerre en Ukraine.
Un bâtiment de combat capable de répondre à plusieurs menaces
Longue de 122 mètres et affichant un déplacement d’environ 4 500 tonnes, la FDI est une frégate de premier rang conçue pour intervenir dans des environnements fortement contestés.
Le bâtiment peut faire face à des menaces de surface, aériennes, sous-marines, asymétriques ou cyber. Il est également en mesure d’embarquer des forces spéciales et de mettre en œuvre des drones aériens et de surface.
La FDI se distingue notamment par ses capacités de défense aérienne et de lutte anti-sous-marine, deux dimensions stratégiques pour la Suède. Le pays cherche à renforcer la protection de la mer Baltique et de ses approches maritimes depuis son adhésion à l’Organisation du traité de l’Atlantique nord (Otan).
Paris et Stockholm multiplient les contrats croisés
L’accord attendu sur les frégates s’inscrit dans une coopération industrielle plus large. En décembre, la France avait commandé deux avions de surveillance et de commandement aéroporté GlobalEye au groupe suédois Saab, pour un montant supérieur à un milliard d’euros.
Les deux opérations traduisent une relation de défense de plus en plus équilibrée : Stockholm acquiert des bâtiments navals français tandis que Paris renforce ses capacités de surveillance aérienne avec une technologie suédoise.
Cette complémentarité industrielle répond aussi à un enjeu politique. Face aux incertitudes entourant l’engagement américain en Europe, Paris et Stockholm souhaitent renforcer leur autonomie stratégique tout en consolidant le pilier européen de l’Otan.
Une coopération étendue à la dissuasion nucléaire
Le rapprochement entre les deux pays dépasse désormais les seuls achats d’armement. La Suède a rejoint le dialogue sur la dissuasion nucléaire élargie proposé par Emmanuel Macron à plusieurs partenaires européens afin de renforcer la sécurité du continent.
Un premier groupe de pilotage nucléaire franco-suédois s’est réuni le 23 avril à Paris, sous la présidence conjointe de l’Élysée et du cabinet du Premier ministre suédois.
« Le travail se poursuit et s’intensifie », a indiqué la présidence française, sans dévoiler davantage de détails sur le contenu des échanges. L’Allemagne a, de son côté, annoncé en juillet son intention de participer à des exercices nucléaires français « dès cette année ».
La commande suédoise de quatre frégates françaises apparaît ainsi comme l’un des volets d’un partenariat stratégique plus vaste. Celui-ci associe coopération industrielle, renforcement des capacités militaires et réflexion commune sur l’avenir de la défense européenne.
