Dans un communiqué publié le 1er octobre, le Medef dénonce près de 20 milliards d'euros de prélèvements et pertes d'allègements pesant sur les entreprises dans le budget 2027. L'organisation patronale conteste le gel des allègements de cotisations et la reconduction de la surtaxe sur les bénéfices.
| Prélèvements dénoncés par le Medef | près de 20 milliards d'euroschiffrage du Medef de l'ensemble des mesures concernées |
|---|---|
| Intégration de l'intéressement et participation dans les allègements | environ 3,7 milliards d'eurosrendement attendu |
| Gel des allègements sur les bas salaires | 2,9 milliards d'eurosmalgré l'évolution du Smic |
| Surtaxe sur les bénéfices des grandes entreprises | ramené de 7 à 5 milliards d'eurosreconduction pour une troisième année |
| Croissance prévue en 2027 | 1 %contre 0,5 % en 2026, hypothèses gouvernementales |
Le patronat entre dans la bataille du budget 2027. Dans un communiqué publié jeudi 1er octobre, le Mouvement des entreprises de France (Medef) dénonce l’accumulation de prélèvements sur le travail et de taxes sectorielles envisagée par le gouvernement. Son avertissement donne le ton : « Affaiblir encore les entreprises, c’est affaiblir le pays ».
L’organisation patronale reconnaît la nécessité de redresser les comptes publics, mais conteste les moyens retenus. Elle évalue à « près de 20 milliards d’euros » les prélèvements et pertes d’allègements qui pèseraient sur les entreprises. Ce montant correspond à son propre chiffrage de l’ensemble des mesures concernées, et non à une ligne de recettes de 20 milliards d’euros inscrite dans le projet de loi de finances.
Les allègements de cotisations au cœur de la contestation
Le coût du travail constitue l’un des principaux points de friction. Le gouvernement prévoit d’intégrer l’intéressement et la participation dans le calcul des allègements de cotisations patronales. Cette modification rapporterait environ 3,7 milliards d’euros. Le gel des allègements sur les bas salaires, malgré l’évolution du salaire minimum interprofessionnel de croissance (Smic), représenterait 2,9 milliards d’euros supplémentaires.
Le Medef voit dans le gel des allègements et l’élargissement de leur assiette de calcul une « menace directe sur l’emploi », notamment pour les entreprises à forte intensité de main-d’œuvre.
« Réduire un allègement, c’est augmenter les prélèvements sur le travail », souligne l’organisation. Elle prévient que la contraction des marges pourrait se traduire par des recrutements différés, des investissements revus et des augmentations salariales abandonnées. « Les entreprises qui emploient beaucoup ne doivent pas être pénalisées pour cette raison même », insiste-t-elle.
Une surtaxe reconduite et des taxes sectorielles contestées
La reconduction de la contribution exceptionnelle sur les bénéfices des grandes entreprises alimente également le mécontentement patronal. Initialement instaurée pour la seule année 2025, cette surtaxe serait maintenue pour une troisième année, avec un rendement ramené de 7 à 5 milliards d’euros.
Cette réduction ne suffit pas à rassurer le Medef. « Une contribution réduite reste une charge ; une contribution exceptionnelle reconduite fragilise la parole donnée et inquiète les investisseurs, en particulier les étrangers », affirme-t-il.
L’organisation dénonce aussi la multiplication des prélèvements sectoriels : taxe sur les infrastructures de transport longue distance, contribution sur les produits transformés sucrés, contribution exceptionnelle sur le transport maritime, hausse de la taxe sur les conventions d’assurance automobile ou encore contribution des complémentaires santé.
« Cibler tous ces secteurs aura des conséquences pour l’ensemble de l’économie. Ces taxes vont immanquablement réduire les capacités d’investissement et affaiblir la compétitivité des entreprises concernées », prévient le Medef. À ses yeux, la rentabilité des entreprises finance leur modernisation, leur décarbonation et leur développement, et ne peut être considérée comme une réserve de recettes pour le budget.
Une reprise économique jugée fragile
Le patronat relève une contradiction entre les perspectives économiques retenues par l’exécutif et les charges supplémentaires imposées aux entreprises. Selon les hypothèses gouvernementales citées dans son communiqué, la croissance passerait de 0,5 % en 2026 à 1 % en 2027, avec un rebond de 1,6 % de l’investissement des entreprises. L’emploi salarié reculerait toutefois encore de 0,3 %.
Pour le Medef, cette reprise demeure dépendante de l’évolution des tensions énergétiques et géopolitiques. Alourdir les prélèvements risquerait donc de freiner les investissements et les embauches nécessaires au redressement.
L’organisation reconnaît que les mesures de soutien à l’industrie et à la reprise d’entreprises par les salariés « vont dans le bon sens». Elle estime néanmoins que leur portée serait réduite par la hausse parallèle des charges. « Le budget ne peut miser sur le rebond des entreprises tout en leur retirant les moyens de le réaliser », résume-t-elle.
Les Entrepreneurs demandent aussi le retrait du gel
Les critiques sont partagées par l’organisation Les Entrepreneurs, ex-CPME. Dans un entretien aux Échos, son président, Amir Reza-Tofighi, déplore le gel des allègements de charges, « alors qu’ils devraient normalement augmenter avec le SMIC qui suit l’inflation ».
« Il faut revenir sur ce gel. Car augmenter le coût du travail, y compris sur les bas salaires, est un non-sens économique à un moment où la situation des entreprises est déjà très difficile », déclare-t-il.
Le représentant des petites et moyennes entreprises estime également qu’« augmenter le coût du travail est une erreur sur le plan économique mais aussi sur le plan social ». Le maintien des allègements s’impose ainsi comme une revendication commune du patronat à l’ouverture des discussions budgétaires.
Le débat parlementaire comme levier
Le Medef attend désormais des parlementaires qu’ils infléchissent le projet gouvernemental. Il souhaite « que le débat parlementaire écarte les mesures qui renchérissent le travail, respecte le caractère exceptionnel de la surtaxe sur les bénéfices et engage des réformes de la dépense publique produisant des économies structurelles ».
L’organisation défend une stratégie de redressement fondée sur la préservation de l’activité et de la base productive. Une croissance plus faible, avertit-elle, entraînerait des recettes fiscales et sociales inférieures aux prévisions, avec le risque de nouveaux ajustements budgétaires.
« Le redressement des comptes exige des choix difficiles. Faire payer davantage le travail et les secteurs productifs risque de compromettre les recettes de demain pour boucler le budget d’aujourd’hui », conclut le Medef.
Questions fréquentes
Combien de prélèvements le Medef dénonce-t-il dans le budget 2027 ?
Le Medef évalue à près de 20 milliards d'euros les prélèvements et pertes d'allègements qui pèseraient sur les entreprises, selon son propre chiffrage de l'ensemble des mesures concernées.
Qu'est-ce que le gel des allègements de cotisations ?
Le gouvernement gèle les allègements sur les bas salaires malgré l'évolution du Smic, ce qui représenterait 2,9 milliards d'euros. Le Medef y voit une menace directe sur l'emploi.
La surtaxe sur les bénéfices des grandes entreprises est-elle maintenue ?
Oui, cette contribution exceptionnelle, instaurée pour 2025, serait reconduite pour une troisième année, avec un rendement ramené de 7 à 5 milliards d'euros.
Quelles taxes sectorielles le Medef conteste-t-il ?
Le Medef dénonce la taxe sur les infrastructures de transport, la contribution sur les produits sucrés, la surtaxe sur le transport maritime, la hausse de la taxe assurance automobile et la contribution des complémentaires santé.
