Reunis par Serge Papin et Annie Genevard, industriels, agriculteurs et PME ont engage les prochaines negociations commerciales. La grande distribution, dont la FCD et Lidl, a pratique la chaise vide. Bercy defend un partage plus equitable de la valeur en faveur des agriculteurs et des PME.
| Participants a la reunion | une quarantaine de participantsreunion du lundi apres-midi |
|---|---|
| Seuil de chiffre d'affaires des fournisseurs concernes | inferieur a 350 millions d'euroschiffre d'affaires annuel mondial hors taxes |
| Nouvelle date limite des negociations | 31 janviercontre le 1er mars habituel, pour les plus petits fournisseurs |
| Experimentation du calendrier avance | jusqu'a fin 2029loi d'urgence agricole promulguee le 18 aout 2026 |
Le dialogue entre industriels et distributeurs s’engage dans un climat de défiance. Réunis lundi après-midi par Serge Papin, ministre chargé du Commerce et du Pouvoir d’achat, et Annie Genevard, ministre de l’Agriculture, une quarantaine de participants ont posé les premiers jalons des prochaines négociations commerciales. Autour de la table figuraient notamment des fédérations industrielles, des organisations agricoles et des représentants des petites et moyennes entreprises.
La grande distribution a toutefois maintenu sa politique de la chaise vide. La Fédération du commerce et de la distribution (FCD), ainsi que Lidl, ont décliné l’invitation, accentuant les tensions avant les discussions tarifaires qui détermineront une partie des prix alimentaires en rayon.
Un boycott qui crispe les relations avec le gouvernement
La FCD avait conditionné sa participation à la reconnaissance de deux exigences : davantage de transparence sur le coût des matières premières agricoles et un traitement différencié entre les PME et les grandes multinationales.
Pour l’exécutif, ces demandes ne justifient pas l’absence des enseignes. L’entourage des ministres a dénoncé une décision « regrettable » et « décevante », mais aussi « inutile » et « contreproductive ». Le gouvernement juge cette position d’autant plus « paradoxale » que les deux sujets sont déjà pris en compte dans le cadre législatif, même si certaines dispositions attendent encore leurs textes d’application.
« La moitié des demandes sont déjà satisfaites », fait-on valoir à Bercy.
Cet épisode prolonge une dégradation des relations entre les distributeurs et le ministère de l’Agriculture. En février, la FCD avait déjà quitté le comité de suivi des négociations commerciales, après des propos d’Annie Genevard dénonçant un « chantage mortifère » des enseignes.
Un calendrier avancé pour les fournisseurs de moins de 350 millions d’euros
Sur le traitement des plus petits fournisseurs, le gouvernement met en avant la loi d’urgence agricole promulguée le 18 août 2026. Celle-ci prévoit, à titre expérimental jusqu’à fin 2029, d’avancer au 31 janvier la date limite des négociations pour les entreprises dont le chiffre d’affaires annuel mondial hors taxes est inférieur à 350 millions d’euros, contre le 1er mars dans le calendrier habituel.
L’objectif est de réserver une période de discussion à ces fournisseurs avant la conclusion des accords avec les groupes les plus importants. Les petites entreprises souhaitent ainsi éviter de devenir la variable d’ajustement des dernières semaines de négociation, lorsque se concentrent les arbitrages commerciaux des enseignes.
Ce calendrier constitue, aux yeux de l’exécutif, une réponse concrète à la demande de différenciation portée par les distributeurs. Il ne suffit toutefois pas, à ce stade, à rétablir le dialogue.
La transparence sur les matières premières reste un point de friction
Le désaccord porte également sur les informations que les industriels doivent transmettre pour justifier leurs demandes tarifaires. Les distributeurs réclament une meilleure visibilité sur la part des matières premières agricoles dans les produits qu’ils achètent.
Le gouvernement rappelle que la transparence est nécessaire au fonctionnement des clauses de révision automatique des prix, destinées à répercuter les variations des coûts agricoles, à la hausse comme à la baisse.
Il ne souhaite cependant pas remettre en cause la possibilité de recourir à un tiers indépendant. Prévu par la loi Egalim 2 du 18 octobre 2021, ce mécanisme permet, sous certaines conditions, de certifier la part de l’évolution tarifaire liée aux matières premières agricoles sans communiquer directement à l’acheteur l’ensemble des justificatifs.
L’exécutif invoque notamment la protection du secret des affaires et un contexte parlementaire peu favorable à une nouvelle modification du dispositif. La divergence demeure donc sur les modalités de cette transparence, au-delà du principe affiché par les différentes parties.
Bercy veut orienter les hausses vers les agriculteurs et les PME
Malgré l’absence des distributeurs, la réunion a permis de dresser un état des lieux des hausses de coûts subies par les exploitations agricoles et les entreprises agroalimentaires, sur fond de tensions climatiques et géopolitiques.
Le gouvernement entend désormais peser sur la répartition de ces surcoûts dans la chaîne alimentaire. Si des augmentations sont répercutées dans les rayons, il souhaite qu’elles bénéficient en priorité aux agriculteurs et aux PME.
L’entourage de Serge Papin et d’Annie Genevard appelle ainsi à un « pacte de responsabilité pour une juste répartition de la valeur ». L’enjeu est de préserver les capacités de production et la rémunération des fournisseurs, tout en limitant les conséquences pour le pouvoir d’achat des ménages.
À ce stade, aucun niveau global de hausse des tarifs ne se dégage. Les demandes des industriels devront être précisées dans leurs conditions générales de vente, attendues au cours des prochaines semaines.
Une nouvelle réunion attendue à la charnière de décembre
Un prochain rendez-vous doit être organisé fin novembre ou début décembre pour engager des « discussions concrètes » à partir de ces propositions commerciales. Il permettra de disposer d’une première vision des augmentations réclamées et des écarts entre les positions des fournisseurs et celles des enseignes.
Le gouvernement ne prévoit toutefois pas de contraindre les distributeurs à participer. Leur retour autour de la table reste donc incertain, alors que Bercy cherche à obtenir des engagements sur le partage de la valeur avant que les négociations tarifaires n’entrent dans leur phase décisive.
Questions fréquentes
Pourquoi la grande distribution boycotte les negociations commerciales ?
La FCD conditionnait sa participation a plus de transparence sur le cout des matieres premieres agricoles et a un traitement differencie entre PME et grandes multinationales. L'executif juge ces demandes deja prises en compte.
Que prevoit la loi d'urgence agricole pour les petits fournisseurs ?
Elle avance au 31 janvier la date limite des negociations pour les entreprises dont le chiffre d'affaires mondial hors taxes est inferieur a 350 millions d'euros, a titre experimental jusqu'a fin 2029.
Que veut obtenir Bercy dans les negociations commerciales ?
Le gouvernement veut que les hausses de prix repercutees en rayon beneficient en priorite aux agriculteurs et aux PME, via un pacte de responsabilite pour une juste repartition de la valeur.
Quand aura lieu la prochaine reunion ?
Un prochain rendez-vous doit etre organise fin novembre ou debut decembre pour engager des discussions concretes a partir des propositions commerciales des fournisseurs.
