A un mois des negociations commerciales annuelles, le gouvernement veut poser a Bercy les bases d'un pacte entre acteurs de la filiere alimentaire. Mais la Federation du commerce et de la distribution refuse de participer sans engagements prealables, illustrant les divergences sur la repartition des hausses de couts.
| Hausse moyenne des prix nets negocies | 0,05 %Negociations achevees au 1er mars 2026, tous produits confondus, selon l'Observatoire des |
|---|---|
| Revalorisation initialement demandee par les industriels | environ 3,5 %Lors du precedent cycle |
| Baisses enregistrees sur certains rayons | entre 0,3 % et 0,5 %Epicerie salee, produits frais, boissons et produits laitiers |
| Hausses sur l'epicerie sucree et les surgeles | proches de 1 %Sans consensus entre industriels et distributeurs sur l'ampleur |
| Ouverture du nouveau cycle de negociations | 1er decembreClimat deja tendu |
Le dialogue s’annonce difficile avant même l’ouverture des discussions tarifaires. À un mois du lancement des négociations commerciales annuelles, le gouvernement souhaite poser à Bercy les bases d’un « pacte de responsabilité » et « d’équilibre » entre les acteurs de la filière alimentaire. L’objectif affiché par le ministre du Commerce, Serge Papin, est de concilier souveraineté agricole, solidité de l’industrie agroalimentaire et pouvoir d’achat des Français.
La réunion préparatoire se heurte toutefois au refus de la Fédération du commerce et de la distribution (FCD) d’y participer sans engagements préalables. Une rupture du dialogue qui illustre les divergences sur la répartition des hausses de coûts entre fournisseurs et enseignes.
La distribution réclame davantage de transparence
Les négociations annuelles entre industriels et distributeurs déterminent les conditions d’achat des produits alimentaires de grandes marques, qui contribuent ensuite à la formation des prix en rayon. Le nouveau cycle doit s’ouvrir le 1er décembre, dans un climat déjà tendu.
La FCD avait posé des « préalables non négociables » à sa participation au rendez-vous de Bercy. Elle demande davantage de « transparence » sur le coût de la matière première agricole et un traitement différencié pour les petites et moyennes entreprises (PME).
Ces exigences ont suscité la colère des industriels, qui reprochent aux enseignes de ne pas suffisamment prendre en compte les surcoûts supportés par les entreprises depuis la guerre au Moyen-Orient. Les deux camps s’opposent ainsi sur le diagnostic économique à retenir avant de discuter des futurs tarifs.
Les coopératives alertent sur leurs coûts de production
Pour les coopératives agricoles, les négociations doivent d’abord partir de la situation des entreprises et des exploitants auxquels elles appartiennent.
« En médecine, avant de prescrire un traitement, il faut s’entendre sur le diagnostic. Le 2 novembre, commençons par regarder les réalités économiques de nos entreprises », a déclaré Jean-Luc Duval, président de La Coopération Agricole, dans un communiqué publié le 30 octobre.
« L’an dernier nous avons connu des négociations commerciales très difficiles », a-t-il rappelé, jugeant leur résultat « pas tenable économiquement » pour les coopératives.
L’organisation met en avant les conséquences des canicules estivales sur les productions agricoles, auxquelles s’ajoutent les tensions géopolitiques et le renchérissement de plusieurs postes de dépenses. Pour les coopératives, la discussion tarifaire engage aussi les revenus des agriculteurs, leurs débouchés et leurs capacités de transformation.
Une hausse moyenne de seulement 0,05 % au terme du précédent cycle
Le bilan des dernières négociations nourrit les revendications des fournisseurs. Selon l’Observatoire des négociations commerciales annuelles, les discussions achevées au 1er mars 2026 ont débouché sur une progression moyenne de 0,05 % des prix nets négociés, tous produits confondus. Les industriels demandaient initialement une revalorisation d’environ 3,5 %.
Cette moyenne recouvre des situations contrastées. L’épicerie salée, les produits frais, les boissons et les produits laitiers ont enregistré des baisses comprises entre 0,3 % et 0,5 %. L’épicerie sucrée et les surgelés ont, à l’inverse, bénéficié de hausses proches de 1 %, sans consensus entre industriels et distributeurs « quant à l’ampleur de cette hausse ».
Ces données portent sur les prix d’achat négociés entre fournisseurs et distributeurs. Elles ne correspondent donc pas directement à l’évolution des prix payés par les consommateurs en supermarché.
L’industrie agroalimentaire dénonce des charges insuffisamment répercutées
Du côté de l’Association nationale des industries alimentaires (Ania), le discours reste alarmiste. Son président, Jean-François Loiseau, a dénoncé à la mi-octobre, sur BFM Business, une pression durable sur les tarifs.
« Depuis 15 ans en France, l’agroalimentaire subit de la déflation tous les ans », a-t-il affirmé, à l’exception des deux premières années de la guerre en Ukraine, durant lesquelles « il a fallu répercuter les hausses des matières premières ».
Au-delà des achats agricoles, les industriels souhaitent faire reconnaître l’ensemble de leurs dépenses de fonctionnement. « En France, on n’accepte pas l’inflation. Mais si on ne peut pas répercuter les charges sociales, l’énergie, les taxes, les entreprises meurent. On est en train de tuer l’agroalimentaire français, qui crée de l’emploi », a soutenu le président de l’Ania.
Ces déclarations placent la couverture des coûts au centre du prochain rapport de force commercial, alors que les enseignes réclament, de leur côté, davantage de visibilité sur la construction des tarifs.
Les PME et les ETI demandent un rééquilibrage
Les petites et moyennes entreprises, comme les entreprises de taille intermédiaire (ETI), redoutent une nouvelle campagne de négociations insuffisante pour absorber leurs charges.
« Dans un contexte économique et géopolitique qui demeure très instable », le cycle qui s’ouvrira le 1er décembre « ne (doit) pas reproduire les déséquilibres constatés ces dernières années », a demandé mercredi la fédération Pact’Alim, qui représente ces entreprises de l’agroalimentaire.
« Pour une majorité d’entreprises, les accords conclus (début 2026) ne couvraient pas la hausse de leurs matières premières agricoles et industrielles », a-t-elle assuré.
C’est sur cette répartition de l’effort que le gouvernement cherche à rapprocher les positions : préserver l’accès des ménages aux produits alimentaires tout en permettant aux fournisseurs de couvrir leurs coûts. Le boycott annoncé par la distribution souligne la difficulté à établir un cadre commun avant les premières discussions tarifaires.
Questions fréquentes
Pourquoi la distribution boycotte-t-elle la reunion de Bercy ?
La FCD refuse de participer sans engagements prealables. Elle reclame davantage de transparence sur le cout de la matiere premiere agricole et un traitement differencie pour les PME.
Quand s'ouvrent les negociations commerciales 2026 ?
Le nouveau cycle de negociations commerciales annuelles doit s'ouvrir le 1er decembre, dans un climat deja tres tendu entre industriels et distributeurs.
Quel a ete le resultat des dernieres negociations commerciales ?
Les discussions achevees au 1er mars 2026 ont debouche sur une progression moyenne de 0,05 % des prix nets negocies, alors que les industriels demandaient environ 3,5 %.
Qui est le ministre du Commerce en charge du dossier ?
Serge Papin, ministre du Commerce, cherche a concilier souverainete agricole, solidite de l'industrie agroalimentaire et pouvoir d'achat des Francais.
