- Selon un rapport de l’ICAN, les neuf puissances nucléaires ont consacré plus de 100 milliards de dollars à leurs arsenaux en 2025, soit près de 17 milliards de plus qu’un an auparavant.
- Une accélération des investissements qui intervient dans un contexte de fortes tensions géopolitiques et de modernisation des capacités nucléaires.
Les dépenses consacrées aux armes nucléaires ontconnu une forte accélération en 2025. D’après le dernier rapport de la Campagne internationale pour l’abolition des armes nucléaires (ICAN), les neuf États possédant l’arme atomique ont dépensé près de 17 milliards de dollars supplémentaires par rapport à 2024 pour entretenir, moderniser ou développer leurs arsenaux.
Cette augmentation intervient alors que les tensions internationales se multiplient et que les grandes puissances renforcent leurs capacités militaires stratégiques. Pour l’ICAN, la tendance est claire : « une nouvelle course aux armements nucléaires s’annonce » et pourrait durer « des décennies ».
L’organisation, lauréate du prix Nobel de la paix en 2017, estime que l’ensemble des dépenses nucléaires mondiales a dépassé les 117 milliards de dollars en 2025.
Les États-Unis dépensent plus que tous les autres pays réunis
Sans surprise, les États-Unis restent de très loin le premier investisseur mondial dans le domaine nucléaire militaire. Washington a consacré 69,2 milliards de dollars à son arsenal en 2025, soit une hausse de 12,4 milliards sur un an. À eux seuls, les États-Unis ont dépensé davantage que les huit autres puissances nucléaires réunies.
Derrière eux figurent la Chine, avec 13,5 milliards de dollars, suivie du Royaume-Uni (12,6 milliards), de la Russie (9,5 milliards) et de la France (7,7 milliards).
L’Inde a consacré 2,8 milliards de dollars à son programme nucléaire, devant le Pakistan (1,5 milliard), Israël (1,2 milliard) et la Corée du Nord, dont les dépenses sont estimées à 656 millions de dollars.
La France consacre 13 % de son budget militaire à la dissuasion
Sur les cinq dernières années, les neuf puissances nucléaires ont dépensé plus de 470 milliards de dollars pour leurs arsenaux, selon l’ICAN.
La France a consacré environ 33 milliards de dollars à sa force de dissuasion sur cette période, loin derrière les 265 milliards investis par les États-Unis. L’organisation souligne que la dissuasion nucléaire représente désormais près de 13 % du budget de la défense français.
Ces dépenses s’inscrivent dans un vaste programme de modernisation des composantes aérienne et océanique de la force nucléaire française, appelé à se poursuivre sur plusieurs décennies.
L’intelligence artificielle au cœur des inquiétudes
Au-delà de l’augmentation des budgets, l’ICAN s’inquiète de l’évolution technologique des systèmes nucléaires.
« Les hausses spectaculaires des dépenses, associées aux craintes que l’intelligence artificielle ne risque d’accélérer la prise de décision concernant l’utilisation des armes nucléaires, sont profondément inquiétantes », alerte Susi Snyder, directrice des programmes de l’ICAN et co-autrice du rapport.
Pour l’organisation, l’intégration progressive de technologies d’intelligence artificielle dans les systèmes de commandement militaires pourrait réduire les délais de décision en situation de crise et accroître les risques d’erreurs de calcul.
Des programmes prévus jusqu’à la fin du siècle
L’étude met également en lumière l’ampleur des engagements financiers déjà programmés par plusieurs puissances nucléaires.
Selon l’ICAN, le Royaume-Uni, la France et les États-Unis ont adopté des plans de modernisation qui prévoient des investissements de plusieurs milliards de dollars jusqu’à la fin du XXIe siècle.
Aux États-Unis, le futur missile balistique intercontinental Sentinel devrait rester opérationnel au-delà de l’année 2100. L’organisation souligne également que l’augmentation de la production américaine de noyaux de plutonium laisse envisager le maintien en service d’ogives nucléaires jusqu’en 2120.
L’effort financier annoncé est colossal. Washington prévoit ainsi de consacrer près de 1.000 milliards de dollars à son arsenal nucléaire entre 2025 et 2034.
Le coût d’opportunité dénoncé par l’ICAN
Au-delà des enjeux stratégiques, l’ICAN insiste sur le coût économique et social de ces investissements. « Ce que les puissances nucléaires ont dépensé en 2025 pour leurs arsenaux aurait pu financer 32 ans du budget de fonctionnement de l’ONU », souligne Susi Snyder.
La responsable ajoute qu’une seule journée de dépenses nucléaires aurait permis de garantir la sécurité alimentaire de plus de deux millions de personnes au cours de l’année écoulée.
« Au lieu d’assurer des services essentiels, comme les soins de santé, ces États ont investi dans un arsenal qu’ils savent ne pas pouvoir utiliser sans commettre un crime de guerre », dénonce-t-elle.
Alors que les budgets militaires atteignent des niveaux historiques dans plusieurs grandes puissances, le rapport relance le débat sur l’équilibre entre impératifs de sécurité, modernisation des capacités de défense et financement des priorités économiques et sociales mondiales.
