Le char franco-allemand du futur MGCS pourrait connaître le sort du Scaf, avertit Armin Papperger, patron de Rheinmetall. Paris envisagerait de ramener sa participation à un niveau inférieur à la moitié des prévisions. Lancé en 2017, le programme n'entrerait en service qu'à l'horizon 2040.
- La coopération franco-allemande dans l’armement traverse une nouvelle zone de turbulences.
- Après l’abandon du programme d’avion de combat du futur (Scaf), le patron de Rheinmetall alerte sur le risque d’un retrait français du projet de char MGCS, sur fond de réductions budgétaires, de retards accumulés et de divergences industrielles croissantes entre Paris et Berlin.
Rheinmetall redoute un désengagement français du MGCS. Le projet de char franco-allemand du futur MGCS (Main Ground Combat System), considéré comme l’un des piliers de la coopération militaire européenne, pourrait connaître le même sort que le Scaf. C’est l’avertissement lancé par Armin Papperger, président du directoire de Rheinmetall, dans un entretien accordé au journal allemand Welt am Sonntag.
« Le danger est toujours présent, mais rien n’est décidé », a déclaré le dirigeant du groupe allemand d’armement, évoquant la possibilité d’un retrait de la France du programme.
Selon lui, Paris envisagerait déjà de réduire significativement sa participation financière au projet. Le budget pourrait être ramené à un niveau « inférieur à la moitié » des prévisions initiales. Une hypothèse qu’il nuance toutefois : « Nous n’avons pris aucune décision concernant le budget final. »
Des retards chroniques et un financement jugé insuffisant
Pour Armin Papperger, une réduction des crédits alloués au MGCS risquerait d’aggraver les retards déjà enregistrés depuis le lancement du programme. « Quand on dispose de moins d’argent, on ne va pas plus vite, et nous sommes déjà très lents », a-t-il souligné.
Le dirigeant rappelle que les quatre industriels engagés dans le projet — KNDS France, KNDS Allemagne, Rheinmetall et Thales — n’ont reçu jusqu’à présent que 25 millions d’euros pour les travaux préparatoires. « C’est évidemment très peu d’argent », estime-t-il.
Lancé en 2017 par Emmanuel Macron et Angela Merkel, le MGCS doit théoriquement remplacer à terme les chars Leclerc français et Leopard 2 allemands. Mais son entrée en service n’est pas attendue avant les années 2040.
Le précédent du Scaf fragilise la coopération franco-allemande
Les inquiétudes autour du MGCS interviennent quelques jours seulement après l’abandon officiel du Scaf (Système de combat aérien du futur), autre programme emblématique de coopération entre Paris, Berlin et Madrid.
Le chancelier allemand Friedrich Merz et le président français Emmanuel Macron ont décidé de mettre un terme à ce projet lancé en 2017, qui visait à développer un avion de combat de nouvelle génération accompagné d’un système de drones interconnectés.
Conçu pour remplacer à l’horizon 2040 les avions Eurofighter Typhoon allemands et les Rafale français, le programme était paralysé depuis plusieurs mois par des désaccords industriels persistants entre Airbus et Dassault Aviation, mais aussi par des divergences stratégiques entre les gouvernements partenaires.
L’arrêt du Scaf constitue un revers majeur pour les ambitions européennes de souveraineté militaire dans un contexte marqué par la guerre en Ukraine et le renforcement des capacités de défense du continent.
Airbus rebondit avec une nouvelle alliance européenne
Loin de tourner la page de l’aviation de combat, Airbus a rapidement dévoilé une alternative au Scaf. Trois jours après l’annonce officielle de son abandon, l’avionneur européen a lancé « Team Gen 6 », une alliance regroupant huit entreprises européennes, dont le missilier MBDA et plusieurs industriels allemands.
L’objectif affiché est de développer un système de combat aérien de sixième génération capable de répondre aux besoins futurs des armées européennes. L’initiative illustre la volonté de Berlin de poursuivre le développement d’une capacité aérienne avancée, même en dehors du cadre initialement défini avec la France.
L’Espagne dénonce une menace pour l’autonomie stratégique européenne
L’abandon du Scaf suscite également des inquiétudes chez les autres partenaires du programme. La ministre espagnole de la Défense, Margarita Robles, a qualifié cette décision de « très préoccupante pour l’autonomie stratégique de l’Europe ».
Elle a regretté que certains acteurs aient « fait passer les intérêts de l’industrie avant les intérêts de la sécurité et de la défense de l’Europe ».
Madrid considère en effet le Scaf comme un élément clé de la construction d’une base industrielle et technologique de défense européenne plus autonome face aux États-Unis et aux puissances émergentes.
La France prête à développer seule son futur avion de combat
Face à l’échec du Scaf, Paris semble déjà préparer une stratégie nationale. La ministre des Armées, Catherine Vautrin, a assuré que la France disposait des compétences nécessaires pour poursuivre seule le développement d’un futur avion de combat.
Les investissements déjà réalisés dans le programme permettront, selon elle, de poursuivre les recherches en vue d’un appareil opérationnel à l’horizon 2040. La ministre a notamment mis en avant les capacités industrielles de « Dassault, Safran, Thalès et tout l’écosystème », qu’elle considère comme « la seule équipe en Europe en capacité de produire un avion de chasse de manière totalement autonome ».
Le Leopard 3, une alternative allemande au MGCS
Les doutes entourant le MGCS ont déjà conduit les industriels allemands à anticiper une solution de rechange. Rheinmetall et KNDS Allemagne travaillent depuis plus d’un an sur le développement du Leopard 3, présenté comme une réponse intermédiaire aux besoins futurs de la Bundeswehr.
Les premières livraisons sont attendues au début des années 2030, soit près d’une décennie avant l’éventuelle mise en service du MGCS qui devraient être opérationnels en 2040. Cette différence de calendrier nourrit le scepticisme du patron de Rheinmetall. «C’est un délai fou. Je ne peux pas dire aujourd’hui s’il y aura un jour un MGCS », a-t-il conclu.
L’Eurodrone également confronté à des tensions industrielles
Les difficultés ne se limitent pas au MGCS et au Scaf. Selon le quotidien allemand Handelsblatt, le programme Eurodrone traverse lui aussi une phase délicate. Le journal affirme que Dassault Aviation réclamerait une compensation financière à Airbus, estimant que sa participation industrielle au projet a été réduite.
Cette situation serait liée à la décision du gouvernement français de ne pas financer l’acquisition de nouveaux drones Eurodrone avant 2035. Développé conjointement par la France, l’Allemagne, l’Italie et l’Espagne, l’Eurodrone est pourtant présenté comme l’alternative européenne au drone américain Reaper.
Ces tensions successives alimentent les interrogations sur la capacité des grands programmes de défense européens à surmonter les rivalités industrielles nationales et à préserver les ambitions d’autonomie stratégique du continent.
Questions fréquentes
Qu'est-ce que le programme MGCS franco-allemand ?
Le Main Ground Combat System, char du futur lancé en 2017 par Emmanuel Macron et Angela Merkel, doit remplacer les Leclerc français et Leopard 2 allemands, avec une entrée en service pas attendue avant 2040.
Pourquoi le Scaf a-t-il été abandonné ?
Le chancelier Friedrich Merz et Emmanuel Macron ont mis fin à ce projet de 2017, paralysé depuis des mois par des désaccords industriels entre Airbus et Dassault et des divergences stratégiques entre gouvernements.
Combien les industriels ont-ils reçu pour le MGCS ?
Les quatre industriels engagés — KNDS France, KNDS Allemagne, Rheinmetall et Thales — n'ont reçu que 25 millions d'euros pour les travaux préparatoires, une somme jugée très faible par Armin Papperger.
Qu'est-ce que le Leopard 3 face au MGCS ?
Rheinmetall et KNDS Allemagne développent depuis plus d'un an le Leopard 3 comme solution intermédiaire pour la Bundeswehr, avec des premières livraisons attendues au début des années 2030.
