- La France et l’Allemagne franchissent une nouvelle étape dans leur coopération industrielle en matière de défense.
- Les deux États ont décidé de devenir coactionnaires à parité de KNDS, champion européen de l’armement terrestre, afin de sécuriser sa gouvernance et ses technologies stratégiques à l’approche de son introduction en Bourse.
Paris et Berlin renforcent leur contrôle sur KNDS. La France et l’Allemagne ont annoncé lundi leur décision de devenir coactionnaires à parité de KNDS, le fabricant franco-allemand de chars et de systèmes d’armement terrestres. Officialisé dans un communiqué conjoint publié par l’Élysée, cet accord vise à renforcer le contrôle public sur l’un des principaux groupes européens de défense, alors que celui-ci prépare son introduction en Bourse.
« Par cet accord, les deux États sécurisent leurs droits à la fois comme actionnaires et comme États souverains », souligne le communiqué. Le texte précise également que « ses principes fondateurs sont un engagement actionnarial de long terme, la parité des droits de gouvernance, et une surveillance appropriée des sujets de sécurité ».
Une gouvernance équilibrée entre les deux États
Créé en 2015 à la suite de la fusion entre Nexter Systems et Krauss-Maffei Wegmann (KMW), KNDS constitue aujourd’hui l’un des piliers de l’industrie européenne de défense. Le groupe conçoit notamment les chars Leclerc et Leopard, les véhicules blindés Jaguar, Boxer et Puma, ainsi que les canons CAESAR et plusieurs systèmes d’artillerie avancés.
Si la France détenait déjà une participation via Nexter avant la fusion, l’État allemand n’était jusqu’à présent pas présent au capital. Berlin prévoit désormais d’acquérir 40 % de la participation de la famille Wegmann, propriétaire de la branche allemande du groupe, afin d’obtenir les mêmes droits de gouvernance que Paris.
Le comité budgétaire du Bundestag doit se prononcer mercredi sur cette opération, considérée comme indispensable pour permettre à KNDS de lancer son introduction en Bourse dès le mois de juillet.
Préparer l’entrée en Bourse tout en protégeant les intérêts stratégiques
Au-delà de la réorganisation de l’actionnariat, l’accord répond à une volonté commune de préserver la souveraineté industrielle et militaire des deux pays.
Alors que les dépenses de défense augmentent fortement en Europe, Paris et Berlin souhaitent conserver un contrôle sur les décisions les plus sensibles, notamment celles liées aux technologies critiques, aux exportations d’armement et aux grands programmes industriels européens.
Le gouvernement allemand précise par ailleurs qu’il envisage, à terme, de réduire sa participation financière tout en conservant les mêmes droits de gouvernance que la France.
Selon une source citée par Reuters, cette transaction valorise KNDS entre 15 et 18 milliards d’euros, ce qui en ferait l’une des plus importantes opérations européennes du secteur de la défense.
Une IPO attendue à Paris et à Francfort
Selon BFM Bourse, KNDS prévoit une double cotation sur les places de Paris et de Francfort. L’opération devrait prendre la forme de placements privés destinés exclusivement aux investisseurs institutionnels, sans ouverture aux particuliers.
Le directeur général du groupe, Jean-Paul Alary, a indiqué que cette introduction en Bourse est « attendue dans les prochaines semaines ».
Cette opération doit accompagner la montée en puissance du groupe, qui bénéficie de l’accélération des programmes de réarmement européens et de la hausse des budgets militaires.
Un champion européen en pleine expansion
Face aux grands groupes américains, notamment General Dynamics, KNDS s’impose comme un acteur stratégique de l’industrie de défense européenne.
« À l’avenir, l’Allemagne et la France décideront sur un pied d’égalité du développement d’une entreprise essentielle pour les capacités de défense européennes », a déclaré la ministre allemande de l’Économie après la signature de l’accord.
Elle a également souligné que cette nouvelle gouvernance permettra de « sécuriser des technologies-clés, de la valeur industrielle et des emplois en Allemagne ».
Pour Paris, cette évolution de l’actionnariat dépasse le seul cadre capitalistique. Dans une déclaration commune, le ministre de l’Économie, Roland Lescure, et la ministre des Armées, Catherine Vautrin, estiment que l’accord est « décisif pour notre souveraineté industrielle de défense ». Ils ajoutent que « la France et l’Allemagne deviennent co-actionnaires de KNDS et lui donnent un cadre stable et ambitieux pour devenir un champion européen de premier plan », illustrant la volonté des deux États de consolider un acteur stratégique au cœur du réarmement européen.
En 2025, KNDS a enregistré un chiffre d’affaires de 4,4 milliards d’euros, en hausse de 15,9 % sur un an, et emploie environ 11.000 collaborateurs. Porté par le cycle de réarmement européen, le groupe apparaît désormais comme l’un des principaux bénéficiaires de la recomposition stratégique du secteur de la défense sur le continent.
