- Les annonces de Renault dans le secteur de la défense suscitent une vive opposition syndicale.
- La CGT du constructeur automobile critique les partenariats noués avec Thales pour la production de véhicules militaires et de drones, estimant que cette diversification vers l’armement ne fait pas consensus parmi les salariés.
Le virage de Renault vers l’industrie de défense continue de faire réagir en interne. Jeudi, la CGT-Renault a dénoncé les projets militaires présentés par le constructeur automobile lors du salon Eurosatory, affirmant qu’ils « choquent de nombreux salariés de l’entreprise ».
Cette prise de position intervient après l’annonce de deux partenariats stratégiques conclus avec Thales. La première porte sur la production de véhicules multimissions susceptibles d’être utilisés comme postes de commandement mobiles. Le second concerne l’industrialisation du drone explosif « Toutatis », dont la production en série doit débuter à partir de 2027.
Dans un communiqué, le syndicat affirme que « la CGT-Renault s’oppose à l’orientation militaire de l’entreprise ». Selon lui, « profiter de la marche à la guerre ne sera jamais bénéfique aux travailleurs ».
Un désaccord avec la direction sur l’adhésion des salariés
La CGT conteste également les déclarations de la direction concernant le soutien des employés à ces nouveaux projets. « Contrairement à ce qu’a déclaré François Provost au journal Le Monde dans son édition du 16 juin 2026 », le syndicat estime que cette stratégie ne « bénéficie pas du plein soutien des salariés de Renault ».
Selon l’organisation syndicale, les réactions observées dans les usines et les bureaux témoigneraient d’une opposition plus large.
« Les discussions dans les bureaux et les ateliers démontrent que de nombreux salariés refusent cette orientation car ils sont rentrés chez Renault pour fabriquer des voitures, pas des armes », souligne la CGT.
Le syndicat va plus loin en accusant la direction d’avoir progressivement préparé cette évolution stratégique sans véritable débat préalable. « Ce sont d’ailleurs bien ces réticences qui ont obligé la direction générale à avancer masquée sur le sujet, infusant petit à petit leur orientation vers la production d’armes », affirme-t-il.
La production du drone Toutatis au cœur des critiques
Parmi les projets annoncés, la future production du drone explosif Toutatis concentre une partie des critiques syndicales.
La CGT s’interroge notamment sur les débouchés commerciaux du programme. Le syndicat rappelle que le président-directeur général de Thales, Patrice Caine, a indiqué que ce drone « a d’abord vocation à être vendu à l’international ».
Une déclaration qui, selon la CGT, serait en contradiction avec les assurances données en interne par François Provost, directeur général de Renault, qui aurait indiqué que les projets de défense concernaient uniquement des contrats destinés à l’armée française.
Cette divergence alimente les inquiétudes du syndicat quant à l’implication future du groupe automobile sur les marchés internationaux de l’armement.
Une information jugée tardive par les représentants du personnel
La méthode employée par la direction fait également l’objet de critiques. La CGT reproche à Renault de n’avoir informé les organisations syndicales qu’après les annonces publiques.
Selon le syndicat, les représentants du personnel n’ont été officiellement informés de ces projets que lors d’une réunion organisée le 17 juin, soit après leur présentation à la presse et aux professionnels du secteur réunis à Eurosatory.
Cette séquence renforce les tensions entre la direction et une partie des représentants des salariés sur la place que doit occuper Renault dans l’industrie de défense.
Renault accélère son rapprochement avec le secteur de l’armement
Ces annonces s’inscrivent dans une stratégie engagée depuis plusieurs mois par le constructeur. Dès février, Renault avait dévoilé un premier partenariat avec l’entreprise française Turgis Gaillard pour la fabrication du drone de grande taille Chorus. Ce programme doit être produit en série sur le site industriel du Mans.
À l’époque, le groupe avait précisé que les salariés participant au projet étaient recrutés sur la base du volontariat. Renault avait même indiqué avoir reçu davantage de candidatures que de postes disponibles.
Avec les nouveaux projets développés aux côtés de Thales, le constructeur confirme sa volonté de diversifier une partie de ses activités vers les marchés de défense, un secteur en forte croissance en Europe dans un contexte de réarmement des États et de hausse des budgets militaires.
