- Alors que les cours du pétrole sont revenus à leurs niveaux d’avant la guerre au Moyen-Orient, Donald Trump accuse les compagnies pétrolières de tarder à répercuter cette baisse sur les prix à la pompe.
- Une critique contestée par les spécialistes du secteur, qui rappellent que la formation du prix des carburants dépend de nombreux facteurs au-delà du seul coût du brut.
Le reflux des tensions géopolitiques au Moyen-Orient continue de détendre les marchés pétroliers. Avec la reprise progressive du trafic maritime dans le détroit d’Ormuz, les craintes d’une perturbation durable de l’approvisionnement mondial s’estompent.
Mercredi, le Brent de la mer du Nord pour livraison en août reculait encore de 0,91 %, à 76,38 dollars le baril, tandis que le WTI américain cédait 0,94 %, à 72,52 dollars. Les prix du pétrole ont ainsi quasiment retrouvé leur niveau observé avant le déclenchement du conflit régional.
Cette détente des cours ne se traduit toutefois pas avec la même rapidité dans les stations-service américaines. Certes, le prix moyen du gallon d’essence est repassé sous la barre des 4 dollars selon l’American Automobile Association (AAA), mais il demeure nettement supérieur à son niveau de janvier.
Une situation qui a provoqué la colère de Donald Trump. Sur son réseau Truth Social, le président américain a directement mis en cause les majors pétrolières.
« Les grandes compagnies pétrolières ne réduisent pas leurs prix à la pompe de manière proportionnelle à la forte baisse des prix qu’elles paient pour le pétrole. Ces prix chutent comme une pierre ! », a-t-il dénoncé.
Une enquête réclamée par la Maison-Blanche
Le locataire de la Maison-Blanche est allé plus loin en suggérant l’existence d’un comportement abusif de la part des compagnies du secteur.
« En d’autres termes, les consommateurs se font « arnaquer ». J’ai demandé au ministère de la Justice d’examiner immédiatement cette situation. Les prix de l’essence feraient mieux de baisser beaucoup plus vite que ce que j’observe actuellement ! », a-t-il ajouté.
Ces déclarations relancent un débat récurrent aux États-Unis : celui du délai entre les variations des cours du pétrole brut et leur répercussion effective sur les prix payés par les consommateurs.
Taxes, raffinage et logistique : les raisons du décalage
Pour les spécialistes de l’énergie, l’analyse de Donald Trump simplifie excessivement le fonctionnement du marché des carburants. « Ce n’est pas vraiment ainsi que fonctionnent les prix de l’essence aux États-Unis », explique Karen Young, chercheuse au Centre de politique énergétique mondiale de l’université Columbia, interrogée par CNBC.
L’experte souligne que le prix affiché à la pompe ne dépend pas uniquement du coût du pétrole brut. « Il existe des taxes fédérales, étatiques et locales qui s’ajoutent au prix de l’essence dans les stations-service américaines », rappelle-t-elle.
À cela s’ajoutent les coûts de raffinage, de transport, de stockage et de distribution, qui représentent une part importante du prix final payé par les automobilistes.
Un mécanisme de transmission qui prend plusieurs semaines
Autre élément souvent méconnu : la baisse du pétrole n’est pas immédiatement répercutée dans les stations-service. Selon Karen Young, plusieurs semaines sont généralement nécessaires pour que la diminution des cours du brut se transmette à l’ensemble de la chaîne de valeur énergétique, du raffinage jusqu’au consommateur final.
Les distributeurs écoulent en effet des stocks achetés à des prix plus élevés avant de pouvoir ajuster leurs tarifs. Ce phénomène explique pourquoi les prix des carburants réagissent souvent avec retard aux mouvements des marchés pétroliers.
Cette réalité n’est d’ailleurs pas propre aux États-Unis. En France également, les variations du Brent n’ont qu’un impact partiel et différé sur les prix à la pompe. La fiscalité, qui représente une part significative du prix des carburants, ainsi que les coûts industriels et logistiques, limitent l’effet immédiat des fluctuations du brut.
Le retour d’un débat politique sensible
À l’approche de nouvelles échéances politiques et dans un contexte de pouvoir d’achat sous pression, les prix de l’énergie restent un sujet particulièrement sensible aux États-Unis.
En ciblant les compagnies pétrolières, Donald Trump cherche à capitaliser sur une préoccupation quotidienne des ménages américains. Mais pour les experts, la baisse récente des cours du pétrole devrait finir par se refléter dans les prix à la pompe, à condition que la détente observée sur les marchés internationaux se confirme dans la durée.
