L'administration Trump demande à la France et à l'Allemagne de libérer leurs stocks de diesel, réclamant 120 millions de barils sur six mois. Faute de réponse, Washington menace d'interdire ses exportations de gazole, un scénario qui pourrait faire flamber les prix de 40 % à 50 % en Europe.
| Volume de diesel demandé | 120 millions de barilsau cours des six prochains mois, selon une source européenne |
|---|---|
| Réserves européennes de diesel | 39 millions de tonnesmai 2025, soit environ 290 millions de barils, selon Eurostat |
| Part française des réserves | 21 %devant l'Allemagne et l'Espagne |
| Prix record du gazole aux États-Unis | 6,53 dollars le gallonsoit environ 3,78 litres |
| Exportations américaines de diesel | plus de 1,5 million de barils de diesel par jour |
Les réserves européennes de diesel sont au cœur d’un nouveau bras de fer transatlantique. L’administration de Donald Trump a demandé à la France et à l’Allemagne de débloquer leurs stocks pour soulager le marché mondial, ont indiqué trois personnes proches des discussions à Reuters. Faute de réponse, Washington pourrait interdire les exportations de gazole américain, dont l’Europe est devenue de plus en plus dépendante.
La Commission européenne, la France, l’Allemagne, l’Italie, l’Irlande et le Royaume-Uni devaient discuter de la situation jeudi 1er octobre, selon un responsable européen cité par l’agence.
Une demande de 120 millions de barils en six mois
L’effort réclamé est considérable. Selon une source basée dans une capitale européenne, les États-Unis souhaitent que l’Union européenne libère 120 millions de barils de diesel au cours des six prochains mois.
À titre de comparaison, les données d’Eurostat mentionnées dans le texte initial font état de 39 millions de tonnes de réserves européennes de diesel en mai 2025, soit environ 290 millions de barils. Le volume demandé représenterait donc plus de 40 % de ce niveau de stocks, mesuré plus d’un an auparavant. La France en détenait alors 21 %, devant l’Allemagne et l’Espagne.
Washington reproche aux Européens de ne pas avoir pleinement exécuté leurs engagements précédents. « Alors que les États-Unis et le Japon respectent leurs engagements, plusieurs pays membres européens n’ont libéré qu’une fraction du pétrole brut et des produits pétroliers promis. Nous exhortons chaque pays membre à honorer ses engagements », déclarait le secrétaire américain à l’Énergie, Chris Wright, le 29 septembre.
Le prix du gazole devient un enjeu électoral américain
Donald Trump a réaffirmé mercredi qu’une interdiction des exportations américaines de diesel restait à l’étude. À l’approche des élections de mi-mandat de novembre, la Maison-Blanche cherche à contenir une hausse des carburants qui pèse notamment sur les transporteurs et les agriculteurs.
Le gazole a atteint un niveau record de 6,53 dollars le gallon, soit environ 3,78 litres. Mais bloquer les exportations comporte aussi des risques pour les États-Unis. Le président américain a lui-même reconnu qu’une telle décision pourrait « faire augmenter le prix d’autres produits » pétroliers.
La pression sur les réserves européennes apparaît ainsi comme un moyen d’accroître l’offre disponible sans déclencher immédiatement une restriction commerciale aux conséquences incertaines.
Une interdiction susceptible d’aggraver la flambée en Europe
Les États-Unis exportent plus de 1,5 million de barils de diesel par jour. La fermeture de ce débouché bouleverserait donc les échanges, avec des effets potentiellement opposés de part et d’autre de l’Atlantique.
Selon l’étude d’Oxford Economics évoquée dans le texte initial, une interdiction pourrait faire reculer les prix américains du gazole d’environ 30 % à court terme, mais entraîner une hausse de 40 % à 50 % en Europe. Ces estimations décrivent un scénario de marché : elles ne permettent pas, à elles seules, de déterminer l’augmentation qui serait répercutée à la pompe en France.
L’Europe aborde cette menace avec une capacité de raffinage affaiblie. Une trentaine de raffineries ont fermé sur le continent en vingt ans, renforçant le recours aux importations de carburants, notamment de diesel. L’arrêt des achats russes après l’invasion de l’Ukraine, puis les perturbations des approvisionnements moyen-orientaux liées à la guerre américano-israélienne contre l’Iran, ont accru sa dépendance au carburant américain.
Des réserves déjà mobilisées avant l’hiver
Les stocks d’urgence ont pourtant déjà été sollicités. En mars, l’Agence internationale de l’énergie (AIE) avait annoncé le déblocage de 400 millions de barils de pétrole, dont 20 % devaient provenir de l’Union européenne.
« Environ les deux tiers ont été libérés et sont arrivés sur les marchés, et le tiers restant est encore à venir », a précisé le directeur exécutif de l’AIE, Fatih Birol, le 29 septembre.
Une nouvelle mobilisation des réserves poserait donc aux Européens un arbitrage entre le soutien immédiat à l’offre et la préservation de leurs marges de sécurité pour l’hiver.
« L’Europe est l’une des régions les plus exposées — voire la plus exposée — en matière de diesel, car l’Europe importe une quantité massive de diesel et nous entrons dans la période difficile, la saison hivernale », avait averti Fatih Birol en début de semaine.
Questions fréquentes
Pourquoi Trump fait pression sur l'Europe pour le diesel ?
Washington veut soulager le marché mondial et contenir la hausse des carburants avant les élections de mi-mandat. Il demande à l'UE de libérer 120 millions de barils de diesel en six mois.
Que se passe-t-il si les États-Unis bloquent leurs exportations de diesel ?
Selon Oxford Economics, une interdiction pourrait faire reculer les prix américains d'environ 30 %, mais entraîner une hausse de 40 % à 50 % en Europe, déjà très dépendante des importations.
Pourquoi l'Europe dépend-elle du diesel américain ?
Une trentaine de raffineries ont fermé en vingt ans. L'arrêt des achats russes et les perturbations moyen-orientales liées à la guerre contre l'Iran ont accru la dépendance au carburant américain.
Quel est le prix du gazole aux États-Unis ?
Le gazole a atteint un niveau record de 6,53 dollars le gallon, soit environ 3,78 litres, pesant sur les transporteurs et les agriculteurs.
