- Dans un nouveau rapport publié jeudi 25 juin, la Cour des comptes tire une nouvelle fois la sonnette d’alarme sur la dégradation des finances publiques françaises.
- Alors que la préparation du budget 2027 s’annonce délicate, les magistrats financiers estiment que les objectifs de réduction du déficit manquent de crédibilité et appellent à des décisions budgétaires rapides.
La Cour des comptes durcit son diagnostic. À moins d’un an des échéances politiques de 2027, la Cour des comptes adresse un avertissement particulièrement sévère sur l’état des finances publiques françaises. Dans un rapport publié jeudi 25 juin, la juridiction financière indépendante estime que « la situation des finances publiques de la France est alarmante » et juge indispensable d’engager « des mesures fortes, crédibles et rapides » afin de restaurer les équilibres budgétaires.
Ce nouveau rapport, révélé par France Inter, intervient alors que le gouvernement prépare le projet de loi de finances pour 2027 dans un contexte marqué par une croissance modérée, un niveau d’endettement record et des marges de manœuvre budgétaires limitées.
Une dette toujours plus élevée
La Cour rappelle que la France demeure le troisième pays le plus endetté de la zone euro, derrière l’Italie et la Grèce. Selon les dernières données de l’Insee, la dette publique atteignait 3 460,5 milliards d’euros, soit 115,7 % du produit intérieur brut (PIB) à la fin de l’année 2025.
Les magistrats soulignent également une singularité française : la France est, selon eux, le seul pays dont le niveau de dette reste supérieur à celui observé à la sortie de la crise sanitaire du Covid-19. L’Insee devait par ailleurs publier ce jeudi les chiffres actualisés de la dette publique au premier trimestre 2026, en pleine préparation du prochain budget de l’État.
Des déficits records malgré la hausse des recettes
Le rapport pointe également la persistance de déficits publics élevés. Avec un déficit estimé à 5,1 % du PIB en 2025, la France affiche le deuxième déficit le plus important de la zone euro.
Cette situation intervient alors même que les recettes fiscales progressent sensiblement. La Cour rappelle que les hausses d’impôts décidées pour 2025 et 2026 représentent près de 38 milliards d’euros, alors que la France affiche déjà le niveau de prélèvements obligatoires le plus élevé d’Europe.
Dans ce contexte, l’objectif du gouvernement de ramener le déficit public à 5 % du PIB en 2026 n’apparaît pas crédible aux yeux des magistrats financiers.
Six milliards d’euros d’économies supplémentaires évoqués
Face à ces contraintes, les discussions autour du budget 2027 s’intensifient. Invité ce jeudi sur Europe 1 et CNews, le président du Sénat, Gérard Larcher, a estimé que six milliards d’euros supplémentaires d’économies seraient nécessaires, après les six milliards déjà annoncés au printemps.
« Nous allons avoir une réunion bientôt, pour faire le point » et « en plus des six milliards annoncés, il va falloir sans doute six milliards de plus », a déclaré le président de la Haute Assemblée.
Le Premier ministre Sébastien Lecornu doit prochainement réunir un Comité d’alerte des finances publiques afin de présenter de nouvelles mesures destinées à contenir les dépenses de l’État, notamment pour absorber les conséquences budgétaires du conflit au Moyen-Orient.
Le Sénat veut préserver les dépenses régaliennes
Gérard Larcher a indiqué que le Sénat formulerait prochainement plusieurs orientations budgétaires. Selon lui, les efforts devront préserver les missions essentielles de l’État.
« Il faut préserver justice, sécurité, défense, c’est les trois régaliens », a-t-il affirmé, tout en estimant nécessaire de réexaminer « le budget social ». Avant de conclure : « Il va falloir se poser la question de l’organisation, on ne peut plus rester dans cette situation. »
Les prochaines semaines s’annoncent décisives pour l’exécutif, appelé à arbitrer entre maîtrise des comptes publics, financement des priorités régaliennes et maintien des dépenses sociales dans un environnement économique et géopolitique toujours plus contraint.
